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TAPIS ROUGE POUR BOMBARDIER


TAPIS ROUGE POUR BOMBARDIER

Les travailleurs et travailleuses de Bombardier ont été les derniers en lice d'un grand nombre d'employés d'usines ou de manufactures qui ont accepté de revoir à la baisse leurs conditions de travail pour sauver leur emploi. A la différence de plein d'autres, toutefois, les employés de Bombardier avaient un bon coussin sur lequel gruger, leurs dirigeants syndicaux connaissaient bien les coins gras de leur convention collective et savaient ou couper sans que les travailleurs syndiqués n'aient le pénible sentiment, comme c'est arrivé dans bon nombre de petites "shops" ou dans des secteurs en perdition de l'économie, d'être en train de payer de leur poche pour garder la compagnie ou l'usine ouverte.

Bombardier, bien sûr, ne menace pas de fermer ses portes. Elle est plutôt dans une stratégie que plusieurs assimilent à du chantage et ou elle offre ses projets d'expansion -la fameuse série C- à qui voudra bien lui fournir le plus de faveurs. Elle en attend de ses travailleurs, ce que ceux de Montréal ont fait hier, et elle n'hésite pas non plus à solliciter avec une insistance qui en décoiffe plusieurs les pouvoirs publics du Canada, du Nouveau-Mexique ou de la Grande-Bretagne. Quand elle saura ce que chacun de ses prétendants est prêt à lui verser, la multinationale souveraine opérera un vulgaire calcul de plus et de moins et fera connaître au monde entier ou elle installera sa prochaine usine, c'est-à-dire là ou la combinaison des prêts gouvernementaux et concessions syndicales rapportera le plus d'argent à ses actionnaires.

Plus personne ne s'insurge contre cette pratique, il paraît que c'est être complètement rétrograde que de questionner cette tangente que la mondialisation capitaliste a étendu à toute la planète. J'en conviens, mais je grince encore des dents. Parce que ce que je trouve difficile à avaler dans cette guerre pour les emplois, c'est que chacun se lance dans cette surenchère tête baissée, mais sans questionner la gestion de l'entreprise qui fait ainsi la belle qui se fait désirer. Or, la multinationale dont il est question aujourd'hui n'est pas des mieux portantes. Elle a subi une sévère décote sur les marchés financiers; la valeur d'une action de Bombardier a fait une chute époustouflante de 89 pour cent depuis cinq ans. Et pire que tout ça, plus d'un analyste du marché de l'aéronautique évoque le retard qu'a mis la société de Laurent Beaudoin à se positionner sur le marché des avions de 100 à 130 places, alors que la compétition brésilienne aurait une longueur d'avance qui nuira à la compagnie canadienne. Bref, on demande aux travailleurs et aux gouvernements de venir à la rescousse quand on a manqué de flair et de vision.

Mais cela dit, je souhaite évidemment une victoire pour Mirabel-Montréal dans le gros lot d'emplois de la semaine prochaine. J'oserais même souhaiter que la direction ait un petit faible pour son pays d'origine même si je sais que ce genre d'émotion n'a plus aucune place dans une décision ou ce sont les milliards qui comptent.



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